Histoire

1912 : Fausse mobilisation

La guerre est déclarée….en 1912

Par la faute du receveur des postes d’Arracourt des centaines de réservistes Lorrains quittèrent leurs foyers pour rejoindre les casernes

La grande histoire a retenu la date du 1 août 1914 : ce jour-là, la France décrétait la mobilisation générale, prélude d’une guerre de masse qui allait durer quatre ans. Mais deux ans plus tôt, les habitants de treize communes du canton d’Arracourt et des alentours avaient déjà vécu des scènes de départ de réservistes vers leurs casernes. L’Histoire débute le 26 novembre 1912, à 23heures 30 lorsque le receveur des postes du chef-lieu, un dénommé Dufaut, reçoit un télégramme en provenance de Nancy. Ordre lui est donné d’ouvrir l’un des plis secrets qu’il conserve dans un coffre. Mais au lieu du pli numéro 2 annonçant une mobilisation partielle pour une manœuvre regroupant les régiments d’active de l’Est, les gendarmes et les douaniers, le fonctionnaire décachette le pli numéro 1 déclarant la mobilisation générale !! « Selon la mémoire populaire, le receveur, qui n’avait pas l’habitude de boire, aurait été entraîné au café par des villageois et serait rentré un peu ivre ce qui explique son erreur » indique Serge Husson, l’historien du Lunévillois qui a étudié cet épisode. Dufaut prévient immédiatement le brigadier de gendarmerie Blion qui fait placarder des affiches dans les douze communes du canton, les églises sonnent le tocsin et les maires font battre le tambour. Réveilles, tous les hommes valident de 21 à 45 ans sautent du lit et préparent leurs baluchons : « des groupes de jeunes gens heurtaient les portes et les fenêtres, colportaient d’un bout à l’autre le nouvelle : Debout ! La guerre est déclarée ! » écrit Achille Liégeois le reporter de l’Est Républicain qui s’est rendu le lendemain sur place en automobile de marque Grégoire pour faire la tournée des communes. le propriétaire du restaurant le Cheval Blanc, qui loge trois ouvriers charpentiers mosellans, s’empresse de les renvoyer de l’autre coté de la frontière toute proche. Des douaniers y monteront la garde toute la nuit par un froid sibérien. La rumeur se répand que des batteries d’artillerie Allemandes seraient en route en provenance de Bitche…Pendant ce temps-là, les hommes d’Arracourt ont pris la direction de Lunéville et de Nancy pour rejoindre leur régiment, en bon ordre et sans rechigner : ce qui fait chaud au cœur, c’est l’élan magnifique, l’unanimité absolue, la joie presque de reprendre le métier de soldat s’enthousiasme le maire de Bezange-la-Grande.

Au petit matin des centaines de réservistes et de territoriaux se présentent dans les casernes…..où personne ne les attend. Ces braves gens, victimes de l’erreur du receveur Dufaut, percevrons une indemnité pour s’être déplacés. Sans grogner, ils rentreront au pays, où les femmes et les anciens avaient fait des stocks de pain, par prudence.

Cette incroyable bourde fera le tour de France après que le ministère de la guerre ait publié un démenti pour faire baisser la tension. Car la première guerre dans les Balkans a été déclenchée le 17 octobre et le moindre incident peut mettre le feu aux poudres. René Mercier le directeur de l’Est Républicain temporise : « soyons donc prêts car il est bon toujours d’être prêts. Mais soyons tranquilles parce que l’inquiétude d’aujourd’hui n’est justifiée en rien » « la presse Allemande s’emparera de cette affaire pour se moquer de nous » indique Serge Husson. Le receveur fautif passera en conseil de discipline et sera muté. « Les autorités auraient pu prendre des sanctions générales plus lourdes mais finalement elles optèrent pour une autre stratégie en faisant de l’affaire d’Arracourt un événement patriotique » ajoute l’historien. En quelques jours, les réservistes du canton devinrent des héros, félicités pour leur calme et leur dévouement. « Maurice Barrés écrivit à leur propos d’une lettre dithyrambique ; le général Guetchy, commandant le 20 éme corps les félicitera ; le ministre de la guerre, Alexandre Millerand donnera le gendarme Blion en exemple, le futur colonel Driant, alors député, demandera la clémence pour le receveur » énumère Serge Husson. Des chansons seront rédigées et des cartes postales éditées, représentant les pioupious d’Arracourt défilant joyeusement.

L’Est Républicain lancera même une souscription pour offrir le 22 décembre à la commune d’Arracourt une œuvre d’art : une statue en bronze d’un guerrier Romain, baptisée « la patrie ». Personne ne sait à ce jour ce qu’elle est devenue. Peut être a-t-elle été détruite, comme une bonne partie des maisons d’Arracourt, pendant la grande guerre, la vraie.

Source Serge HUSSON et François MOULIN

Histoire d’Arracourt, « Est Magazine » de décembre 2006

Recopié, mot à mot par Gérard Griffaton

Poster un Commentaire

  S’abonner  
Notifier de